Le pinceau-livre

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Les "dys", les "extras" et les autres....

 

Avant d’entreprendre la lecture du titre du livre de Cécile Bost « différence et souffrance de l’adulte surdoué », je me dis que ce sera un livre de plus qui parlera, comme de nombreux auteurs l’ont fait, du côté « petit génie » du surdoué.

Heureusement, dès l’introduction je suis rassurée et très intéressée par son propos :

 
Je n'aime pas les mots «surdon», «douance», «surdouance», «doué», «surdoué» ou même «HPI» (haut potentiel intellectuel). Porteurs de beaucoup d'idées fausses, ils me renvoient aussi aux plus sombres moments de l'Histoire, quand la catégorisation des groupes humains a fondé la décision d'en exploiter, voire d'en éliminer certains. J'utilise ces qualificatifs par pure commodité, car je n'ai pas, jusqu'à présent, réussi à en trouver de plus satisfaisants pour décrire une population au mode de fonctionnement particulier et avéré.
Le terme «surdoué» porte à confusion. La compréhension commune que l'on en a conduit à des malentendus et à de la souffrance. Le surdon est une réalité neurophysiologique.
Un surdoué, qui pense en permanence de façon différente, vivra très souvent l'expérience de l'isolement. Pas seulement un isolement physique ou affectif, mais plus sûrement une vraie solitude, un enfermement, parfois intolérable à endurer. Il est très rare que les surdoués s'ouvrent à qui que ce soit de leurs pensées et de leurs ressentis, même à leurs proches, et cette impossibilité à communiquer peut prendre un tour dramatique. Rompre l'isolement est fondamental
.
[…]
Un mot caractérise au plus près cette population particulière : «polymathe» - qui a des connaissances variées et approfondies. Mais, reconnaissez-le, ce mot ne fait pas vraiment rêver... Mon fils aîné m'a un jour proposé le terme d'«absurdoué». C'est le terme que j'aimerais bien garder en fin de compte, tant, effectivement, il y a quelque chose d'absurde dans le surdon, au-delà de la capacité effective à pouvoir s'intéresser en profondeur à différents sujets.
Un surdoué, ce n'est pas seulement une magnifique mécanique intellectuelle. C'est d'abord, et avant tout, un être d'une sensibilité physique et émotionnelle exacerbée, d'une hyperémotivité, au coeur d'un combat de tous les instants, qui absorbe une partie majeure de son énergie personnelle quotidienne.

Alors bien sûr, pour les autres, dès qu’on parle de surdon , c’est un peu comme un « coming out », c’est la différence qu’on dissimule parce que presque tout le monde confond surdon et élève brillant, futur polytechnicien. On se dit, « tiens, il (elle) a pris la grosse tête !

C’est aussi une errance qui peut durer des années parce qu’on se croit comme les autres, voire moins bien que les autres, seulement parce qu’on a une façon de penser différente.

Et c’est dommage, parce que, même en étant « dans le métier » on peut aliéner sa vie, gâcher celle de ses proches, ne pas savoir comment agir ni pour soi, ni pour eux.. 

Combien de dépressifs, presque réputés incurables, sont des « extranormés » qui s’ignorent ?

Grâce (enfin !) aux neurosciences , on peut maintenant prouver par l’imagerie cérébrale et par d’autres test que ce fout QI, qu’il y a surdon, que l’on naît ainsi et qu’on mourra hors norme !

 

Apprendre l'imperfection passe par le lâcher-prise, le plaisir de la curiosité et de l'expérimentation, sans pression du résultat. Aux adultes paralysés par une autocritique permanente et par le doute, voire par un réel sentiment d'infériorité, il est important de réapprendre le processus "essai/erreur" où ils se donnent le droit à l'erreur (un enjeu de taille, il ne faut pas s'y tromper !)

Une suggestion : identifiez les erreurs commises par des décideurs de tous ordres. Et vous verrez, je vous l'assure, qu'ils en commettent aussi. Ouvrez les journaux, écoutez la radio ou regardez la télévision et admirez combien de ces décideurs sont vivants, en bonne santé, et prêts à prendre de nouvelles décisions.
Visiblement, faire une erreur ne tue pas !

 

Dans le cadre professionnel, l'adulte surdoué est aux prises avec la nécessité de se conformer à sa hiérarchie. D'autant que ses supérieurs peuvent aller jusqu'à le considérer comme ingérable, voire dangereux pour l'organisation, quand ce n'est pas pour eux-mêmes. Pourtant l'adulte surdoué ne fait que regarder et poser des questions. Il ne cherche qu'à bien faire...

 

Le besoin d'isolement doit également être observé de près. Les témoignages recueillis pour ce livre ou sur mon blog l'ont exprimé : beaucoup de surdoués disent qu'(ils ont absolument besoin d'être en dyssynchronie avec le reste du groupe, surtout quand celui-ci est important. Le bombardement sensoriel est alors intense et l'adulte surdoué sature très vite. bruits, lumières, odeurs, mouvements, conversations - et même l'ambiance qui se dégage du groupe - sont autant d'informations captées massivement en un minimum de temps, qui épuisent. Le moyen le plus simple de se reposer est alors de "décrocher", de se replier sur soi, d'être là sans y être, en s'abîmant dans ses pensées pour se couper du monde extérieur.

Il ne faut pas confondre avoir un QI élevé (et pas forcément surdoué) et les caractéristiques décrites par Cécile Bost (oui même un dyslexique peut être surdoué !) :

 

  • Adulte perçu par son entourage soit « trop » ou « pas assez », pas dans la norme;

  • Personne ayant divers champs d’intérêts et souvent, beaucoup de connaissances sur chacun des ces champs;

  • On retrouve deux profils en fonction de la manière dont l’hypersensibilité est gérée:

    • D’un côté, trop impétueux, trop rapides, …

    • De l’autre côté, trop réservés, trop silencieux, …

  • La quasi-totalité des caractéristiques suivantes concerne chacun des profils:

    • « Trop » exigeants ou intransigeants;

    • « Trop » perfectionnistes et souvent incapable de déléguer;

    • Commencent « trop » de choses et ne finissant rien. Ils captent plus vite beaucoup de choses, ils sont curieux de tout, s’intéressent à tellement de choses qu’ils en apparaissent dispersés;

    • Passer du « coq à l’âne » dans une conversation;

    • Plus que d’autres, énergiques, infatigables – sur tous les fronts, certains sont épuisants à suivre dans leur rythme tant au travail que dans leur vie personnelle;

    • Ils peuvent abattre des sommes de travail, avec une qualité de production qui est en général performante voire au-dessus du lot. Ils sont souvent appelés en situation d’urgence car on sait qu’ils sont à peu près les seuls capables de faire face.

    • Très souvent brillants, ce sont des créatifs, ayant en permanence des idées originales, personnelles, novatrices;

    • D’un caractère ombrageux, ils sont difficiles, voire impossibles à gérer;

    • « Trop » indépendants. Ils sont capables de critiquer les décisions hiérarchiques, au point d’être parfois qualifiés de déviants dans une organisation classique un tant soit peu structurée;

    • Ils n’ont aucun sens pratique, ils sont « trop » rêveurs, conceptuels, « pas assez » terrain;

    • Ayant une pensée complexe, ils ont l’art de couper les cheveux en quatre;

    • Ayant un sens de l’humour particulier;

    • Ils sont très déterminés, voire entêtés;

    • Anxieux en permanence avec une étrange tendance dépressive;

    • Ayant en général peu d’amis, préfèrent les activités solitaires ou bien, papillonnent de tâches en tâches sans s’engager;

    • Individus toujours décalés, ils détonnent en fait partout où ils passent;

    • On ne comprend pas pourquoi ils ne réussissent pas mieux dans la vie, ils sont intelligents, voire brillants, en bonne santé;

    • Ils sont souvent amateurs de sports extrêmes;

    • C’est à croire qu’ils ont toujours besoin de faire plus, mieux, plus loin, plus fort… comme s’ils vivaient toujours en compétition;

    • Ce sont des amateurs de casse-têtes, d’énigmes, jeux de mots, des disciplines en -ogue (logos);

    • Ce sont en tout cas des adultes qui ne passent pas inaperçus.

 

Alors bien sûr, on n’est pas obligé de cocher toutes les cases ! Aucun « extranormé » ne ressemble à un autre, même si intuitivement (encore !) ils se reconnaissent ….

C’est pourquoi ces écoles, ces groupes, toutes ces normes encore pour des gens qui ne sont pas normés, me semblent peu utiles, sauf à savoir qu’on n’est pas seul !

Et puis il faut se méfier de cette mode où on trouve des génies partout, à la télé par exemple, ou bien à l’école quand bien des parents rêvent d’avoir engendré le génie du siècle…

Voyez-donc comme tout est compliqué !

Cécile Bost précise aussi combien il est difficile pour une femme de reconnaître sa douance, comment se croire plus rapide, plus efficace que certains collègues ? Il est remarquable de voir à quel point peu de spécialistes femmes sont conviées pour témoigner dans les médias !

Et l’émotion sera toujours présente, elle l’est d’ailleurs depuis  toujours, mais pour une femme, on met très vite cela sur le compte de ses hormones ! :

 

« …Le cerveau émotionnel de l’adulte est profondément marqué par les souvenirs des toutes premières années de la vie […] C’est ainsi que les adultes surdoués peuvent être à des années –lumière de leurs pairs en matière de connaissances, alors qu’ils semblent si peu matures quand il s’agit de la gestion émotionnelle… »

Vous aurez compris que je vous recommande la lecture de ce livre que vous soyez concernés ou non, c’est une richesse de pouvoir comprendre les autres… Et même en essayant de résumer et de citer, je n'ai pas pu faire le tour de la question et transcrire  l'intégralité de la pensée de l'auteur qui s'appuie rigoureusement sur des expériences , des constatations et des avancées scientifiques à ce sujet.

 

 

« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça :   une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie, une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu, et l’erreur est la fin de tout. Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer – au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices, ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être. Il doit créer, il doit se vider de sa créativité. Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue, il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer. »
Pearl Buck (1892 – 1973)

 

 


23/04/2018
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Fable contemporaine - Henri Granger

J'ai emmené le livre "Fable contemporaine" dans mes valises et il m'a donné rendez-vous chaque soir! Cela vous étonne? Et bien voilà , c'est exactement ça :  lire Henri Granger, c'est passer dans une quatrième dimension où l'écriture vous interpelle, vous stupéfie, vous emporte.

Cet auteur a une écriture "quantique" où tout est un et un est tout.

Difficile de décrire un roman où les mots sont libres de se côtoyer dans l'inattendu et prennent leur envol poétique dans des lignes qui vous surprennent.

Mais surtout, laissez-vous emporter par ces personnages dont les destins se croisent, laissez-vous guider dans une nature qui respire et vit vraiment, laissez-vous happer par ces objets qui sont acteurs de leurs vies et influent sur les autres. Et dégustez la sensualité si présente...

On ne sait plus si l'auteur est le maître de toute cette intrigue ou si ses personnages ont pris le pouvoir, mais chut.... Vous le saurez plus tard!

 

Vous avez compris j'ai adoré me plonger chaque soir dans ce livre si prenant, si attachant, si inattendu. Chaque mot est lié aux autres comme dans un poème, les rimes se mêlent à la prose, la prose est une ode à l'écriture....

Que l'auteur me pardonne si je suis une bien mauvaise interprète de son talent!

 

 

Quatrième de couverture (éditons LC)  :

 

Le hasard n’existe pas, seuls des destins se croisent

Une petite ville paisible, posée au milieu de nulle part. Ici, là, elle ressemble à votre paysage quotidien, et pourtant…

Les jours s’écoulent tranquillement. L’horloge déroule ses habitudes rodées, banalisées et chacun mène sa vie en se croisant. Olivier gère son entreprise, entretient sa jeune maîtresse et néglige son épouse Héloïse. Charles, capitaine de police résigné, désœuvré, attend patiemment l’affaire, la reconnaissance et sa mutation. Pierre le médecin, Dahlia l’artiste rebelle, Mathilde et son manque d’amour, Céline la belle rêveuse, Thierry le maudit.

Après quelques mois passés en mer, Basile échoue au milieu des habitants de cette bourgade.

La rivière creuse son lit inlassablement et s’endort sur des nuits sans couleurs.

…Et pourtant, les destins de chacun vont basculer.

La plume affûtée d’Henri Granger nous livre ici une fresque originale. Une fable contemporaine riche en rebondissements, sarcastique, humoristique, enluminée d’une prose poétique. Il jongle avec les mots comme un acrobate avec ses quilles et nous entraîne dans la vie de chaque personnage en s’appropriant leurs âmes.

Une balade littéraire surprenante que l’on déguste avec délice.

 

Des extraits :

 

Céline quitte le square pendant que la lune s'efface dans une discipline d'astre. Son dernier jet de lumière illumine les crêtes épineuses des toits. Des râteaux métalliques sont plantés sur ces plates-formes plates et ils pointent vers l'espace, comme des rangées de salades sous serre. Des paraboles se déversent sur les parois rectilignes et une cascade de vers luisants s'écoule peu à peu des fenêtres. Des nids d'amours ou de haines asséchés par l'ivresse de la nuit consommée.

 

 

 

L'harmonie qui se compose dans le silence d'une église, même pour un païen, déclenche souvent un apaisement soudain. Nous naviguons sur une énigme qui est la vie. Chaque coup de vent, de rame nous propulse vers l'infini. La houle nous impose de nouveles questions, auquelles s'ajoutent d'autres réflexions. Croire en une chose qui s'effondre à l'interrogation suivante, n'est-ce pas l'éveil de la maturité?

 

 

 

La liberté ne s'achète pas.Elle n'est pas offerte dans le packaging de la maternité.Elle ne se commande pas non plus dans un quelconque catalogue virtuel.Celle que nous possèdons est minime, un leurre perdu dans une république chaotique. Il reste les rêves.Basile s'évade dans son écriture quotidienne et nourrit son âme de mots. Céline confectionne les personnages, Basile les décortique.Il les malaxe, les broie, en extrait la saveur, le jus, le nectar.Il jongle avec eux et s'amuse des facettes qu'il colle comme des gommettes sur leurs visages.Il observe et reproduit toute cette vie animée qui l'entoure. Il devient vorace des moindres détails. Ceux que l'on ignore, ils ont si peu d'importance. il se fond dans la masse, invisible. Il scrute la société humaine, analyse et pleure bien souvent.

 

 


29/07/2017
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Peindre pour s'apaiser - Jean Haines

Un livre cadeau, un livre magique dont je n'ai pour l'instant lu  que les cinquante premières pages. J'ai déjà fait les exercices correspondant à ces pages et je comprends enfin comment l'aquarelle peut donner du plaisir, comment on peut s'y exprimer et surtout comment y trouver de l'apaisement.

Ce livre n'est pas du tout réservé aux spécialistes ni à ceux qui savent peindre, n'importe qui peut mettre en pratique ce qui est proposé, il s'agir surtout de lâcher prise, de travailler en pleine conscience et d'obtenir rapidement des résultats plaisants.

Voici le dernière production, faite sans modèle juste pour la sensation de la création libre , sur papier aquarelle 18x24 à grain fin :

 

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Et le "fameux livre", une vraie révélation ! Un livre soin ! Essayez!

 

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19/05/2017
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Souffrir pour quelques vers.... Denis Daul

Ce premier recueil de l'auteur est une agréable découverte. En ces temps d'intolérance, lire quelques poèmes fait du bien à l'âme....

Bien sûr, comme tout premier ouvrage, il y a beaucoup de textes autobiographiques, de sentiments personnels, un peu comme s'il fallait, en première publication, dire voilà comment je suis et aimez-moi aussi pour ce que je suis.... C'est ce que font presque tous les écrivains....

Alors, comme une évidence, ces mots vous touchent parce que sur un  poème, au détour d'une page, vous vous reconnaîtrez dans les mêmes idées ou le même vécu! Chacun peut vivre ainsi au travers des mots de Denis, même s'ils lui appartiennent et sont son histoire et ses sentiments... Ses filles, ses ami(e)s, le monde, la nature, tout est là pour un moment intime à la fois mélancolique et joyeux!

 

Il y a une musique, bien au-delà des rimes ou des non rimes justement, une sorte de rythme qui accompagne votre lecture.

Voici deux aperçus de ce recueil. si vous souhaitez en faire l’acquisition , contactez l'auteur  sur son blog ICI

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04/03/2017
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Libertango - Frédérique Deghelt

Après diverses lectures d'été, excellentes( Le lys de Brooklyn de Betty Smith,A l'orée du verger de Tracy Chevalier) , bonnes ou moins bonnes (pas de noms, après tout chacun ses goûts) , le hasard ( ah non c'est vrai il n'existe pas!) m'a fait revoir une ancienne collègue et amie qui m'a conseillé un livre qu'elle qualifia d'extraordinaire.... Merci à Mireille L. pour cette  suggestion!

Car voyez-vous j'ai rencontré Le LIVRE, celui qu'on espère lire un jour, celui qu'on voudrait ne jamais finir tout en ayant hâte de le dévorer....

Un livre magique, somptueux qui parle de musique.... Et qui rejoint tout ce que j'en pense moi l'inculte dans ce monde musical des auteurs classiques! J'écoute de la musique depuis tellement longtemps sans vraiment en connaître les codes, j'en ressens les vibrations, la sonorité, ça me remue, me bouleverse, me porte , sans que je sache vraiment pourquoi...

J'ai adoré ce roman, qui regroupait à la fois mes sentiments sur les personnes handicapées et ma façon de concevoir les concerts, bien loin de tous ces gens sérieux et endimanchés qui croient être les seuls à savoir!

Quel bouquin fascinant, quelle énergie il insuffle, quelle magnifique conception de la vie, de la politique, bref un livre de chevet à garder sous la main..... je l'ai d’ailleurs offert à deux personnes proches en espérant qu'elles aussi seront emportées par cette vague musicale!

Si vous aimez, partagez cela avec moi!!!!!!

 

Le mot de l'éditeur :

Luis est né en 1935. D’origine espagnole, il vit à Paris avec ses parents et ses soeurs. Luis est handicapé, son côté gauche fonctionne mal, sa démarche est hésitante, sa diction souvent difficile.
Dans cette famille ulcérée par la présence d’un enfant abîmé, Luis n’est porté par aucune confiance tutélaire. L’oreille collée au transistor, il s’échappe, grandit en écoutant, en découvrant l’enlacement des arpèges, la beauté des concertos, cantates et symphonies, et chaque partition lui devient peu à peu territoire de savoir.
À vingt et un ans, seul sur les bords de Seine, Luis est soudain bouleversé par le son d’un bandonéon. Sa vie s’ouvre à l’avenir.
“Je suis né à la plus pure proposition de l’univers, dira-t-il plus tard : celle de l’amour de la musique.”
Libertango est le roman le plus envoûtant de Frédérique Deghelt. Un livre d’allégresse qui génère et convoque l’émotion du beau, cette émotion que la musique retrouve en chacun de nous, même au pire de la guerre. Une émotion qui porte Luis et le sauve.
 

Des extraits (il faudrait citer tout le livre!) :

Vous voyez, je ne sais pas pourquoi les hommes veulent toujours mentir aux femmes. Tout d’abord, ils veulent leur raconter des tas de choses formidables sur eux-mêmes. Ce qu’ils sont, de quoi ils sont capables... Toute cette panoplie incroyable qu’ils déploient comme un paon qui fait la roue. Et ensuite, quand elles leur reprochent de ne pas être ce type formidable qu’ils avaient décrit, ils sont sincèrement étonnés. Ils deviennent authentiques et, avec une bonne foi désarmante, mais en fait, ils disent cette fois la vérité, à savoir cette seule vérité qu’ils n’ont jamais dite auparavant : ils ne comprennent pas ce qu’elles veulent ! Aucun homme ne peut être ce surhomme qu’elles ont imaginé. Mais ils oublient qu’ils ont vendu des qualités imaginaires, et que finalement la seule erreur des femmes, c’est d’avoir cru ce qu’ils disaient et non pas ce qu’ils étaient. Vous voyez, ils ne se rendent pas compte que la plus grosse méprise des femmes, c’est d’avoir été endormies par ce qu’ils racontaient à l’époque où elles les aimaient encore. Ils n’ont jamais été ces hommes dont elles rêvaient. C’est si valorisant d’être la réalisation d’un rêve ! Alors peut-être qu’avec moi qui ne peux pas raconter d’histoires, ça se passait différemment. Au début, je parlais si lentement et si mal qu’il est évident que si j’avais essayé de mentir sur mon état, elles m’auraient ri au nez. Donc je disais la vérité et du même coup, je passais pour un type courageux qui assumait son handicap. Je me méfiais un peu des femmes qui développaient rapidement à mon égard des qualités d’infirmières. J’avais toutes les peines du monde à revendiquer un statut qui ne soit pas celui d’un malade. Je ne pouvais
certes pas être le cow-boy viril de la bande et je le savais, mais je ne voulais pas non plus qu’on me relègue au rang de grabataire. On peut dire que j’ai assumé avec une certaine placidité la tendance des femmes à venir pleurer sur mon épaule. En tant qu’être souffrant, je devais sans doute donner l’impression que je pouvais les comprendre, ce qui était on ne peut plus faux. Je ne comprenais rien à leurs larmes, ni à leurs regrets de ne pas être aimées par une bande de crétins qui se foutaient pas mal de ce qu’elles étaient véritablement et de ce qu’elles attendaient de la vie en général et d’eux en particulier. Moi, ça faisait bien longtemps que j’avais compris qu’être une femme était une sorte de handicap d’un autre genre. En tout cas, pour vivre avec des hommes ! Car les femmes comme les handicapés jouissent naturellement d’un sens aigu de l’être humain qui n’est pas donné à la plupart des hommes normaux que j’ai croisés toute ma vie. En ce qui me concerne, les femmes ont été des alliés formidables et plus rarement, sans le savoir, des monstres de cruauté qui certainement bien plus que les humiliations directes que m’ont infligées certains hommes, ont contribué à mon effondrement... Pourquoi est-ce que je vous parlais de tout ça ?
— Parce que je vous ai demandé de me parler de votre rapport aux femmes.
— Ah oui ? Il va falloir que vous me posiez des questions plus précises, parce que je risque de me perdre. Et puis ce sujet-là est trop vaste pour être traité sans musique. Avez-vous déjà imaginé toutes ces formes féminines que je caresse en dirigeant ? Je ne caresse pas le vide, oh non, je n’ai jamais désiré me priver de la sensualité d’une gestique fluide, même si mon membre gauche a essayé de m’entraîner abruptement vers le chaos. Interpréter veut dire s’abandonner, et s’abandonner à la peur de l’abandon aussi. Une œuvre contient l’harmonie de toutes nos contradictions et pour cette raison, elle est blottie dans chaque particule qui nous compose. Nous ne devons pas oublier que nous recevons en héritage les rêves d’un compositeur, et rien n’est plus grave que la responsabilité de rêves qui ne sont pas les nôtres. Dans une partition, les indications peuvent être claires, mais en contradiction avec la musique qui naît. L’espace entre ce qui est écrit et ce qu’on joue est infini. Il dépend de notre capacité à saisir du silence entre les notes, à faire éprouver ce qui ne peut être joué, à propulser dans le cosmos des étoiles dont on ignore l’existence.
 
 
Un jour, un ami m'a parlé de son rapport à la lecture et je trouvais très beau cette façon de dire combien le fait de lire le sauvait du quotidien. Le sauvait de tout, en fait. Ainsi n'était-il plus au fond de son désarroi personnel et quand il sortait de ses lectures, il voulait faire partie de la vie des gens. Il disait que cette activité qu'on ne partage pas au moment où elle a lieu, rend meilleur dans la vie sociale. Il apprenait à pardonner en passant par des personnages fictifs. Il pouvait aussi mieux appréhender les salauds du monde réel. Il pouvait se blottir dans la lecture ; rien de tel pour survivre
 
 
"Vous ne pouvez pas diriger un orchestre, me déclara t-elle. Cela demande une autorité, une prestance. Quelque chose d'impressionnant déjà dans la stature, quelque chose que vous ne pouvez pas avoir. A cette réflexion assénée par une "harpie" du Conservatoire, Luis Nilta-Bergo répondit après une grande respiration: "Je comprends surtout que vous ne me parlez pas de musique. Je ne choisis pas de vouloir diriger des orchestres pour la prestance. Je suis diminué par mon handicap, mais je ne serai jamais médiocre. Vous ne savez pas non plus que la vie, quand elle ne nous offre pas tout, s'en excuse en nous offrant mille fois plus, sous une autre forme. Vous ne pouvez pas décider de ce que je serai ou ne serai pas. La musique est en moi. Je ne joue pas. Je suis. Et si moi je n'ai pas le choix, comment pouvez-vous prétendre savoir quoi que ce soi de mon avenir de chef d'orchestre?".           

 

09/09/2016
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