Le pinceau-livre

Le pinceau-livre

Libertango - Frédérique Deghelt

Après diverses lectures d'été, excellentes( Le lys de Brooklyn de Betty Smith,A l'orée du verger de Tracy Chevalier) , bonnes ou moins bonnes (pas de noms, après tout chacun ses goûts) , le hasard ( ah non c'est vrai il n'existe pas!) m'a fait revoir une ancienne collègue et amie qui m'a conseillé un livre qu'elle qualifia d'extraordinaire.... Merci à Mireille L. pour cette  suggestion!

Car voyez-vous j'ai rencontré Le LIVRE, celui qu'on espère lire un jour, celui qu'on voudrait ne jamais finir tout en ayant hâte de le dévorer....

Un livre magique, somptueux qui parle de musique.... Et qui rejoint tout ce que j'en pense moi l'inculte dans ce monde musical des auteurs classiques! J'écoute de la musique depuis tellement longtemps sans vraiment en connaître les codes, j'en ressens les vibrations, la sonorité, ça me remue, me bouleverse, me porte , sans que je sache vraiment pourquoi...

J'ai adoré ce roman, qui regroupait à la fois mes sentiments sur les personnes handicapées et ma façon de concevoir les concerts, bien loin de tous ces gens sérieux et endimanchés qui croient être les seuls à savoir!

Quel bouquin fascinant, quelle énergie il insuffle, quelle magnifique conception de la vie, de la politique, bref un livre de chevet à garder sous la main..... je l'ai d’ailleurs offert à deux personnes proches en espérant qu'elles aussi seront emportées par cette vague musicale!

Si vous aimez, partagez cela avec moi!!!!!!

 

Le mot de l'éditeur :

Luis est né en 1935. D’origine espagnole, il vit à Paris avec ses parents et ses soeurs. Luis est handicapé, son côté gauche fonctionne mal, sa démarche est hésitante, sa diction souvent difficile.
Dans cette famille ulcérée par la présence d’un enfant abîmé, Luis n’est porté par aucune confiance tutélaire. L’oreille collée au transistor, il s’échappe, grandit en écoutant, en découvrant l’enlacement des arpèges, la beauté des concertos, cantates et symphonies, et chaque partition lui devient peu à peu territoire de savoir.
À vingt et un ans, seul sur les bords de Seine, Luis est soudain bouleversé par le son d’un bandonéon. Sa vie s’ouvre à l’avenir.
“Je suis né à la plus pure proposition de l’univers, dira-t-il plus tard : celle de l’amour de la musique.”
Libertango est le roman le plus envoûtant de Frédérique Deghelt. Un livre d’allégresse qui génère et convoque l’émotion du beau, cette émotion que la musique retrouve en chacun de nous, même au pire de la guerre. Une émotion qui porte Luis et le sauve.
 

Des extraits (il faudrait citer tout le livre!) :

Vous voyez, je ne sais pas pourquoi les hommes veulent toujours mentir aux femmes. Tout d’abord, ils veulent leur raconter des tas de choses formidables sur eux-mêmes. Ce qu’ils sont, de quoi ils sont capables... Toute cette panoplie incroyable qu’ils déploient comme un paon qui fait la roue. Et ensuite, quand elles leur reprochent de ne pas être ce type formidable qu’ils avaient décrit, ils sont sincèrement étonnés. Ils deviennent authentiques et, avec une bonne foi désarmante, mais en fait, ils disent cette fois la vérité, à savoir cette seule vérité qu’ils n’ont jamais dite auparavant : ils ne comprennent pas ce qu’elles veulent ! Aucun homme ne peut être ce surhomme qu’elles ont imaginé. Mais ils oublient qu’ils ont vendu des qualités imaginaires, et que finalement la seule erreur des femmes, c’est d’avoir cru ce qu’ils disaient et non pas ce qu’ils étaient. Vous voyez, ils ne se rendent pas compte que la plus grosse méprise des femmes, c’est d’avoir été endormies par ce qu’ils racontaient à l’époque où elles les aimaient encore. Ils n’ont jamais été ces hommes dont elles rêvaient. C’est si valorisant d’être la réalisation d’un rêve ! Alors peut-être qu’avec moi qui ne peux pas raconter d’histoires, ça se passait différemment. Au début, je parlais si lentement et si mal qu’il est évident que si j’avais essayé de mentir sur mon état, elles m’auraient ri au nez. Donc je disais la vérité et du même coup, je passais pour un type courageux qui assumait son handicap. Je me méfiais un peu des femmes qui développaient rapidement à mon égard des qualités d’infirmières. J’avais toutes les peines du monde à revendiquer un statut qui ne soit pas celui d’un malade. Je ne pouvais
certes pas être le cow-boy viril de la bande et je le savais, mais je ne voulais pas non plus qu’on me relègue au rang de grabataire. On peut dire que j’ai assumé avec une certaine placidité la tendance des femmes à venir pleurer sur mon épaule. En tant qu’être souffrant, je devais sans doute donner l’impression que je pouvais les comprendre, ce qui était on ne peut plus faux. Je ne comprenais rien à leurs larmes, ni à leurs regrets de ne pas être aimées par une bande de crétins qui se foutaient pas mal de ce qu’elles étaient véritablement et de ce qu’elles attendaient de la vie en général et d’eux en particulier. Moi, ça faisait bien longtemps que j’avais compris qu’être une femme était une sorte de handicap d’un autre genre. En tout cas, pour vivre avec des hommes ! Car les femmes comme les handicapés jouissent naturellement d’un sens aigu de l’être humain qui n’est pas donné à la plupart des hommes normaux que j’ai croisés toute ma vie. En ce qui me concerne, les femmes ont été des alliés formidables et plus rarement, sans le savoir, des monstres de cruauté qui certainement bien plus que les humiliations directes que m’ont infligées certains hommes, ont contribué à mon effondrement... Pourquoi est-ce que je vous parlais de tout ça ?
— Parce que je vous ai demandé de me parler de votre rapport aux femmes.
— Ah oui ? Il va falloir que vous me posiez des questions plus précises, parce que je risque de me perdre. Et puis ce sujet-là est trop vaste pour être traité sans musique. Avez-vous déjà imaginé toutes ces formes féminines que je caresse en dirigeant ? Je ne caresse pas le vide, oh non, je n’ai jamais désiré me priver de la sensualité d’une gestique fluide, même si mon membre gauche a essayé de m’entraîner abruptement vers le chaos. Interpréter veut dire s’abandonner, et s’abandonner à la peur de l’abandon aussi. Une œuvre contient l’harmonie de toutes nos contradictions et pour cette raison, elle est blottie dans chaque particule qui nous compose. Nous ne devons pas oublier que nous recevons en héritage les rêves d’un compositeur, et rien n’est plus grave que la responsabilité de rêves qui ne sont pas les nôtres. Dans une partition, les indications peuvent être claires, mais en contradiction avec la musique qui naît. L’espace entre ce qui est écrit et ce qu’on joue est infini. Il dépend de notre capacité à saisir du silence entre les notes, à faire éprouver ce qui ne peut être joué, à propulser dans le cosmos des étoiles dont on ignore l’existence.
 
 
Un jour, un ami m'a parlé de son rapport à la lecture et je trouvais très beau cette façon de dire combien le fait de lire le sauvait du quotidien. Le sauvait de tout, en fait. Ainsi n'était-il plus au fond de son désarroi personnel et quand il sortait de ses lectures, il voulait faire partie de la vie des gens. Il disait que cette activité qu'on ne partage pas au moment où elle a lieu, rend meilleur dans la vie sociale. Il apprenait à pardonner en passant par des personnages fictifs. Il pouvait aussi mieux appréhender les salauds du monde réel. Il pouvait se blottir dans la lecture ; rien de tel pour survivre
 
 
"Vous ne pouvez pas diriger un orchestre, me déclara t-elle. Cela demande une autorité, une prestance. Quelque chose d'impressionnant déjà dans la stature, quelque chose que vous ne pouvez pas avoir. A cette réflexion assénée par une "harpie" du Conservatoire, Luis Nilta-Bergo répondit après une grande respiration: "Je comprends surtout que vous ne me parlez pas de musique. Je ne choisis pas de vouloir diriger des orchestres pour la prestance. Je suis diminué par mon handicap, mais je ne serai jamais médiocre. Vous ne savez pas non plus que la vie, quand elle ne nous offre pas tout, s'en excuse en nous offrant mille fois plus, sous une autre forme. Vous ne pouvez pas décider de ce que je serai ou ne serai pas. La musique est en moi. Je ne joue pas. Je suis. Et si moi je n'ai pas le choix, comment pouvez-vous prétendre savoir quoi que ce soi de mon avenir de chef d'orchestre?".           

 


09/09/2016
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