Le pinceau-livre

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Mort pour qui alors?

Si vous avez déjà lu quelques articles vous savez que je suis un peu "branchée" généalogie et depuis quelque temps en psychogénéalogie.... Bien des personnages hantent nos mémoires ancestrales!

Il y en a un en particulier à qui je voudrais rendre hommage, un petit gars de l'Hérault qui vivait tranquillement dans un petit village au début du vingtième siècle....

Jeune homme pas très grand, aux cheveux châtain clair et aux yeux gris, Alphonse Bonniol vivait au soleil, courtisait peut-être quelques demoiselles, une vie ordinaire  certes, mais la vie quoi!!!!

Sa malchance ( comme des milliers d'autres) fut d'être mobilisable, un peu avant ses dix-neuf ans au printemps 1915, le 11 avril.

Alors quand au détour de mon arbre généalogique j'ai vu que ce gamin était mort la même année à l'automne 1915, je me suis penchée sur ce destin fracassé.

Il faisait partie du 17ème régiment d'Infanterie et donc a dû livrer quelques batailles sur le front, en particulier la bataille d'Artois, meurtrière comme d'autres...

Et là , en septembre il tombe malade , victime d'une néphrite, mal soignée bien sûr.... Quand la néphrite s'aggrave elle cause une certaine torpeur, de la désorientation, de la confusion mentale. Il sera hospitalisé le 25 septembre 1915  au Mas des Tours à Bron dans le Rhône où il mourra le 6 octobre 1915, il y a cent ans donc.

Sa famille a fait inscrire son nom sur le monument aux morts de son village, Saint André de Sangonis dans l'Hérault.

Comme j'habite dans le Rhône je me suis lancée sur la piste de ce grand oncle, un gamin de dix-neuf ans , mort sans doute dans une grande solitude, si loin des siens. Qui lui a tenu la main , ou pas, qui a fermé ses yeux gris?

Il faut savoir que le Mas des Tours est l’ancien asile d'aliénés, aujourd'hui hôpital du Vinatier.

J'ai fini par découvrir qu'il a été enterré dans le cimetière de l'hôpital. Dans les années 1970 tous les corps ensevelis au Vinatier (Mas des Tours) ont été rapatriés sur le cimetière communale de Bron, puis dans les années 1980 ils ont tous été incinérés.

Je me dis que tout cela me semble incroyable pour un soldat, qu'il doit bien y avoir une sépulture. Je vous passe le nombre de courriers et de mails à toutes les instances militaires et aux archives départementales!

Mais je vous livre quand même une réponse :

 

Bonjour
Je n'ai pas trouvé trace de la sépulture du soldat BONNIOL Alphonse.
Ce soldat n'est pas mort pour la France et ne peut relever des sépultures de guerre à la charge de l'Etat.
Je pense que l'endroit où allait se recueillir votre grand-père est sans doute la commune de Bron, lieu de son décès.
Veuillez agréer l’expression de ma considération distinguée.
Catherine SCHWARZ
Gestionnaire Etat civil militaire et relations publiques Office national des anciens combattants et victimes de guerre Pôle des sépultures de guerre et des hauts lieux de la mémoire nationale

 

Alors il faudrait m'expliquer pourquoi il n'est pas mort pour la France! Il est mort pour qui, pour quoi? Un soldat qui meurt de maladie en plein conflit c'est déshonorant?

On peut l'enterrer à la va-vite, on peut le déterrer, l’incinérer et on met le mot de la fin sur un gamin qui a bien été fauché par la guerre, non?

Dans ce pays où on distribue des légions d'honneur et des médailles à des gens qui n'ont jamais risqué leur peau, je trouve tout ça un peu fort!

 

Alors moi, à mon petit niveau, je déclare le soldat Alphonse Bonniol mort pour la France le 6 octobre 1915, juste pour un peu de reconnaissance en cette année anniversaire, juste pour qu'il repose en paix et qu'il sache qu'il n'est pas oublié de tous!

 

J'aurais pu mettre cet article dans ma rubrique "idées, humeurs" , un coup  de gueule de plus en somme!!!!!!

 



02/10/2015
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