Le pinceau-livre

Le pinceau-livre

Le livre qui a changé ma vie!

Le 11 décembre dernier, jour de mes 60 ans (tiens! 60  déjà!) l'émission "la grande librairie" était consacrée aux livres qui ont changé la vie des téléspectateurs. Vingt ouvrages sont donc arrivés en tête de ce sondage. Je m'étais dit que pour moi c'était "le petit prince" d'Antoine de  Saint-Exupéry, je vous dirai plus loin pourquoi.

Voici la liste des 20 livres qui ont marqué la vie des téléspectateurs:

1 - Le Petit Prince -Antoine de Saint-Exupéry

2 - L'Étranger - Albert Camus

3 - Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand Céline

4 - L'Écume des jours - Boris Vian

5 - À la recherche du temps perdu - Marcel Proust

6 - Le Grand Meaulnes - Alain Fournier

7 - L'Alchimiste - Paulo Coelho

8 - Belle du seigneur - Albert Cohen

9 - Cent Ans de solitude - Gabriel García Márquez

10 - Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire

11 - La Peste - Albert Camus

12 - Harry Potter - J. K. Rowling

3 - 1984 - George Orwell

14 - Le Monde selon Garp - John Irving

15 - Crime et Châtiment - Fiodor Dostoïevski

16 - Le Seigneur des Anneaux - J.R.R. Tolkien

17 - Le Parfum - Patrick Süskind

18 - Le Journal d'Anne Frank - Anne Frank

19 - Madame Bovary - Gustave Flaubert

20 - Les Misérables - Victor Hugo

 

J'étais contente de voir qu'il ne me "manquait " que  les numéros 8, 12 et 16!

Depuis le 8 m'a été offert et je suis en pleine lecture!

Finalement on constate que les gens ne sont pas tous abrutis de télévision et lisent un peu. oui d'accord , la grande librairie ne rassemble que 500 000 téléspectateurs en moyenne, ce n'est pas la France!

Certes il manque forcément des auteurs majeurs ou plus intimistes, mais c'est le propre d'un classement n'est-ce pas? Et puis la question était précise, quel est le livre qui a changé votre vie, ce n'est donc pas anodin, il ne s'agit pas de reconnaître des auteurs célèbres mais une oeuvre qui, à un moment de votre vie, a compté dans le chemin que vous avez choisi....

Personnellement j'aurais volontiers ajouté "le prophète" de Khalil Gibran.

 

J'en viens donc au "petit prince".

Le livre vendu à 145 millions d'exemplaires dans le monde est forcément devenu une référence , avec ces fameuses citations plus ou moins galvaudées et utilisées pour tout et en tout lieu.

Ce n'est donc pas cela qui a changé ma vie de petite fille car c'est bien de cela qu'il s'agit.

L'ai-je eu avant de tomber gravement malade ou juste après, toujours est-il que je l'ai lu après  ma guérison. Et ce fut une révélation! Ainsi il y eut un auteur qui comprenait que les enfants pouvaient être adultes dans leur réflexion mais mieux que les adultes, en ayant accès à l'essentiel et seulement à ça....

 

Très court extrait de la préface :

Je veux bien dédier ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.)

 

J'ai lu, relu  ce livre, avec chaque fois une nouvelle approche, une autre compréhension du texte, une solution à une vie d'enfant trop tôt confrontée à la dureté, voire à la méchanceté du monde des adultes. Car à cette époque, être malade, c'était ignorer tout de sa maladie, accepter sans broncher des traitements lourds et douloureux, voir peu sa famille car les parents n'étaient pas associés au protocole de soin , protocole qui semblait d'ailleurs bien hasardeux tant les médecins semblaient désemparés! Et que dire des religieuses, à cette époque beaucoup d'infirmières étaient encore des soeurs, oui que dire de la cruauté ou de l'indifférence des ces personnes soi-disant servantes de Dieu!

On a donc des questions de  "grand" , des angoisses existentielles au sens littéral du terme, et tous ces gens qui vous regardent seulement comme une enfant, alors qu'approcher les étoiles de si près ça vous propulse dans un monde qui n'est pas le vôtre, pas vraiment en tout cas...

Alors un petit prince qui vient d'une étoile et qui juge les adultes comme vous, ça c'est un miracle inespéré! Et c'est en ça que ça a changé ma vie, je ne me faisais pas des idées fausses, quelqu'un pensait comme moi! Un écrivain en plus! Parti tragiquement rejoindre son héros....

Tous ceux qu'il que le petit prince rencontre sont préoccupés d'eux-mêmes, sauf un, l'allumeur de réverbère! C'est dire le symbole.... Et ce rire du petit prince " comme des grelots" , ce rire qui fait scintiller son étoile, toutes les étoiles, n'est-ce pas au fond une vraie leçon de vie?

On peut le relire encore aujourd'hui les personnages sont toujours d’actualité... les dessins sont simples mais sont essentiels.

Et la fin me fait toujours pleurer.... Et j'aime toujours autant les étoiles, moi qui en voit beaucoup moins que vous!!!

 

Pour finit un long extrait mais qui change un peu de tout ce qu'on voit!

Le cinquième jour, toujours grâce au mouton, ce secret de la vie du petit prince me fut révélé. Il me demanda avec brusquerie, sans préambule, comme le fruit d’un problème longtemps médité en silence :
« Un mouton, s’il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?
— Un mouton mange tout ce qu’il rencontre.
— Même les fleurs qui ont des épines ?
— Oui. Même les fleurs qui ont des épines.
— Alors les épines, à quoi servent-elles ? »
Je ne le savais pas. J’étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon trop serré de mon moteur. J’étais très soucieux car ma panne commençait de m’apparaître comme très grave, et l’eau à boire qui s’épuisait me faisait craindre le pire.
« Les épines, à quoi servent-elles ? »
Le petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu’il l’avait posée. J’étais irrité par mon boulon et je répondis n’importe quoi :
« Les épines, ça ne sert à rien, c’est de la pure méchanceté de la part des fleurs !
— Oh ! »
Mais après un silence il me lança, avec une sorte de rancune :
« Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines… »
Je ne répondis rien. À cet instant-là je me disais : « Si ce boulon résiste encore, je le ferai sauter d’un coup de marteau. » Le petit prince dérangea de nouveau mes réflexions :
« Et tu crois, toi, que les fleurs…
— Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J’ai répondu n’importe quoi. Je m’occupe, moi, de choses sérieuses ! »
Il me regarda stupéfait.
« De choses sérieuses ! »
Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.
« Tu parles comme les grandes personnes ! »
Ça me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta :
« Tu confonds tout… tu mélanges tout ! »
Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés :
« Je connais une planète où il y a un monsieur cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi : "Je suis un homme sérieux !  Je suis un homme sérieux !" et ça le fait gonfler d’orgueil. Mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon !
— Un quoi ?
— Un champignon ! »
Le petit prince était maintenant tout pâle de colère.
« Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? Ce n’est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n’est pas sérieux et plus important que les additions d’un gros monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n’existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu’un petit mouton peut anéantir d’un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu’il fait, ce n’est pas important ça ! »
Il rougit, puis reprit :
« Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : "Ma fleur est là quelque part…" Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s’éteignaient ! Et ce n’est pas important ça ! »
Il ne put rien dire de plus. Il éclata brusquement en sanglots. La nuit était tombée. J’avais lâché mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait sur une étoile, une planète, la mienne, la Terre, un petit prince à consoler ! Je le pris dans les bras. Je le berçai. Je lui disais : « La fleur que tu aimes n’est pas en danger… Je lui dessinerai une muselière, à ton mouton… Je te dessinerai une armure pour ta fleur… Je… » Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l’atteindre, où le rejoindre… C’est tellement mystérieux, le pays des larmes !
 
 
 

 



30/01/2015
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