Le pinceau-livre

Le pinceau-livre

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

Un vrai coup de cœur que ce livre qu'on m'a offert!

L'héroïne, magistrate anglaise, la soixantaine, essaie de juger à chaque fois "dans l'intérêt de l'enfant". Mais elle se demande à chaque fois quel est ce véritable intérêt. Comment décider d'autoriser la séparation de deux frères siamois quand on sait qu'il faut en sacrifier un? Comment juger  de la garde d'enfants dans une communauté juive hassidique quand il y a un divorce? Comment imposer à un adolescent leucémique un traitement qui nécessite des transfusions sanguines alors que lui et ses parents sont "témoins de Jéhovah"?

Comment se concentrer sur toutes ses affaires quand son propre mari lui annonce son souhait de vivre passionnément avec une autre (jeune évidemment) car il est en manque de relations sexuelles avec elle?

Ce pourrait être un livre de plus sur les affres de la justice et les doutes d'une femme de soixante ans.

Mais chaque cas est analysé finement, nous interpelle et je me suis demandé chaque fois ce que je ferais à sa place, c'est donc une lecture qui vous poursuit!

La rencontre avec cet adolescent leucémique va changer sa vie sans qu'elle en ait vraiment conscience au début car elle tient à garder une distance professionnelle avec ce dernier, je ne vous en dévoile donc pas plus!

Bien sûr , cela m'a rappelé bien des cas vécus durant ma vie  d'enseignante ordinaire ou spécialisée, et surtout dans cette deuxième partie de ma carrière où j'ai côtoyé beaucoup d'enfants malades ou handicapés....

Merci à Ian McEwan pour ce plaisir de lecture qu'il nous offre!

 

 

L'éditeur :

 

À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l'hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement.
Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant?

 

Des extraits :

 

Ne m'as tu pas dit un jour que les vieux couples aspiraient à des rapports fraternels ? On y est, Fiona. Je suis devenu ton frère. C'est confortable, attendrissant., et je t'aime, mais avant de mourir, je veux vivre une grande aventure passionnée.

 

 

Pendant quelque temps, cette affaire l’avait laissée groggy, moins attentive, moins sensible, vaquant à ses occupations, ne se confiant à personne. Mais elle réagissait davantage à la vue d’un corps, à peine capable de regarder le sien ou celui de Jack sans éprouver de la répulsion. Comment trouver les mots pour en parler ? Ça ne lui ressemblait pas de dire à son mari qu’à ce stade de sa carrière juridique, cette affaire-là parmi tant d’autres, sa tristesse, ses détails viscéraux et l’intérêt tonitruant de l’opinion publique pouvaient la toucher si intimement. Pendant quelque temps, une partie d’elle-même s’était refroidie, comme le malheureux Matthew. C’était elle qui avait expédié un enfant hors de ce monde, avait argumenté en trente-quatre pages élégantes pour mettre fin à ses jours. Peu importait qu’avec sa tête boursouflée et son cœur battant à peine, il eût été condamné à mourir. Elle n’était pas moins dans l’irrationnel que l’archevêque, et avait fini par considérer son dessèchement intérieur comme un dû. La sensation était passée, mais avait laissé une cicatrice dans sa mémoire, même après sept semaines et un jour.

Ne plus avoir de corps, flotter libre de toute contrainte physique, voilà ce qui lui aurait le mieux convenu.
L'idée l'effleura que ce jeune garçon intellectuellement précoce s'ennuyait, tout simplement, par manque de stimulations, et qu'en menaçant sa propre vie, il avait mis en branle un drame fascinant dans chaque scène duquel il jouait le premier rôle, et qui faisait défiler à son chevet des adultes aussi importants qu'importuns. Si tel était le cas, elle ne l'en aimait que plus. La maladie n'étouffait pas sa vitalité.
Il y a une autre éventualité. Je dois m'assurer que vous l'avez envisagée. Non pas la mort, Adam, mais une guérison partielle. Vous risquez de perdre la vue, de souffrir de séquelles neurologiques, ou bien ce sont vos reins qui lâcheront. Est-ce que cela ferait plaisir à Dieu, de vous savoir aveugle, débile, ou en dialyse pour le restant de vos jours ? (...)
- Je détesterais ça, je détesterais". Il se détourna rapidement dans l'espoir de cacher les larmes qui lui montaient aux yeux. "Mais si c'est ce qui m'attend, je dois l'accepter.


02/12/2015
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