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Catégorie livres: mes lectures préférées... et plutôt que de les commenter, ce que font, bien ou mal, des gens payés pour ça, je vous en livre chaque fois une phrase... Qui mieux que l'auteur lui-même peut défendre son oeuvre?
La tache - Philip Roth
Ah quel livre! Instructif, passionnant, foisonnant, bien écrit.
Une analyse féroce de la société américaine, au moment de l'affaire "Clinton - Lewinsky", l'auteur pointe fort justement les contradictions de cette société. Soif de reconnaissance, ambitions démesurées, puritanisme, en même temps qu'un certain exhibitionnisme à expier ses fautes en public....
Le héros, Coleman, est d'origine noire mais son physique est plutôt caucasien. il renie donc sa famille, épouse une blanche et construit sa vie et sa carrière sur ce mensonge. quand il est accusé d'avoir tenu des propos racistes, il ne peut réellement se défendre. Avouer sa "négritude" anéantirait ce qu'il a construit....
L'écriture de cet auteur est fine, documentée, intelligente, féroce, pleine d'humour, très crue aussi tout en étant pleine de références mythologiques et philosophiques.... On se sent donc bien impuissant à résumer un tel livre... je ne peux que vous le recommander : comme moi, vous en oublierez le temps....
Deux extraits :« Mais en Amérique en général, ce fut l'été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des Etats-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt et un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l'Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l'indignation hypocrite. »« On croirait, se dit-il, que Babbitt n'a jamais été écrit. C'est à croire que la conscience est restée imperméable à tout embryon de réflexion et d'imagination susceptible de la perturber. Un siècle de destruction sans précédent dans son ampleur vient de s'abattre comme un fléau sur le genre humain - on a vu des millions de gens condamnés à subir privations sur privations, atrocités sur atrocités, maux sur maux, la moitié du monde plus ou moins assujettie à un sadisme pathologique portant le masque de la police sociale, des sociétés entières régies, entravées par la peur des persécutions violentes, la dégradation de la vie individuelle mise en œuvre sur une échelle inconnue dans l'histoire, des nations brisées, asservies par des criminels idéologiques qui les dépouillent de tout, des populations entières démoralisées au point de ne plus pouvoir se tirer du lit le matin, sans la moindre envie d'attaquer leur journée… voilà ce qui aura marqué le siècle, et contre qui, contre quoi, cette levée de boucliers ? Faunia Farley. Ici en Amérique, on prend les armes contre Faunia Farley ou Monica Lewinsky ! »
Posté le 10/11/2009 | 9 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Quitter le monde - Douglas Kennedy
Un livre surprise : auteur connu, littérature américaine, on se dit qu'on va naviguer dans des écrits un peu attendus, mais on est surpris par la qualité de l'écriture de ce roman en forme d'odyssée.Douglas Kennedy décrit les méandres de la culpabilité. Il montre comment ce sentiment est tout d'abord induit avec insistance chez une jeune personne (ici, celle d'une adolescente révoltée par les incessantes scènes de ménage de ses parents et que sa mère rendra responsable du départ brutal de son père), puis entretenu, lorsque viennent les premiers succès financiers avant de devenir destructeur, quand le destin s'acharne et que la mort s'immisce dans un destin chaotique.Il décrit à merveille la société américaine, ses travers, ses conventions, sa religiosité....
A lire donc, à dévorer!!!!!
Résumé :Le jour de ses 13 ans, lors d'une énième dispute entre ses parents, Jane annonce qu'elle ne se mariera jamais et n'aura jamais d'enfants. Son père quitte aussitôt la maison, demande le divorce, et sa mère la rend totalement responsable de ce désastre conjugal. Devenue professeur à Harvard, Jane s'éprend d'un brillant universitaire marié, en butte aux rivalités mesquines de ses pairs, qui disparaît brutalement. Sans doute par sa faute . Après une brève incursion dans le monde des traders, vite interrompue à cause de son père devenu escroc, la jeune femme croit trouver le bonheur auprès d'un homme excentrique, fou de cinéma, qui lui donne une petite Emily. Elle s'épanouit pleinement dans la maternité. Hélas ! Elle doit affronter le plus cruel des drames, qu'elle aurait, croit-elle, pu empêcher. Désespérée, Jane n'a plus qu'une obsession : quitter le monde …Extrait :Par où commencer? C'est la grande question qui pèse sur toute entreprise de narration, celle sur laquelle nous réfléchissions sans relâche en faculté de lettres. Quel est le point de départ d'une histoire? A moins de rédiger une saga qui se déroule du berceau à la tombe - «Voici ma vie en commençant par le commencement...» -, une histoire débute généralement alors que le héros ou l'héroïne est déjà bien avancé dans l'existence, de sorte que dès le point de départ vous accompagnez cet individu à travers son récit tout en découvrant peu à peu
les événements et les circonstances qui l'ont modelé dans le passé.
Comme David Henry, mon directeur de thèse, aimait à le
souligner aux étudiants de son cours de théorie littéraire, «tout roman
a fondamentalement une crise pour propos, et la manière dont un ou
plusieurs individus s'y confrontent. Plus encore, quand nous faisons la
connaissance d'un personnage de fiction, nous le voyons évoluer dans le
présent mais il a un passé derrière lui, comme nous tous. Que ce soit
dans la vie réelle ou dans un livre, on ne comprend vraiment quelqu'un
que si on connaît son histoire.»
David Henry. Voilà peut-être un bon
commencement. En effet, après le départ de mon père le lendemain de mon
treizième anniversaire, l'enchaînement de circonstances qui a amené
David Henry dans mon récit en devenir l'a orienté sur une voie que je
n'aurais jamais crue possible. Mais nous ne pouvons pas prévoir la
direction que va prendre une particule, n'est-ce pas?
Posté le 06/09/2009 | 13 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
La joueuse d'échecs - Bertina Heinrichs
Depuis des années qu'elle travaille à l'hôtel Dyonisos comme femme de ménage, on ne peut pas dire qu'Eleni s'ennuie. Mais sa vie est nourrie de quotidien et de routine. Elle jouit de l'estime de tous, mais dans une petite île où tout le monde se connaît, il est difficile d'échapper au regard du voisin.
Aussi, lorsqu'elle se prend de passion pour les échecs( elle déplace une pièce par mégarde dans la chambre de clients, où la remettre?), au point de se disputer gravement avec son mari, l'île est frappée de stupeur et les ragots vont bon train. elle apprend presque tout d'un vieux professeur. Alors, petit à petit, la découverte des échecs se fait découverte d'autres horizons, d'une autre vie, la vraie vie, mais aussi découverte de la liberté et découverte de soi.
Dans ce livre très réussi, Bertina Henrichs raconte avec tact et finesse l'initiation d'une femme, son émancipation, son éveil au monde. Elle décrit également avec drôlerie et émotion une amitié pudique qui va unir contre toute attente deux personnages si différents et pourtant si complémentaires.
"C'était le début de l'été. Comme tous les jours, Eleni gravit la petite colline quiséparait l'hôtel Dionysos du centre de la ville à l'heure où le soleil apparaissait àl'horizon.La colline, terrain vague sablonneux et crevassé, offrait une vue exceptionnelle sur laMéditerranée et la porte du temple d'Apollon. Ce vestige de l'Antiquité, trop grandiosedans sa conception peut-être, était resté inachevé. Ainsi sa gigantesque porte, ausommet d'une presqu'île minuscule rattachée à Naxos, s'ouvrait simplement sur la mer et le ciel. Le soir, à défaut d'offrir un gîte à Apollon, elle accueillait, dieu pour dieu, le soleil couchant, adulé par les voyageurs éblouis. Apollon, plus discret dans ses manifestations terrestres, n'aurait sans doute appelé que quelques rares initiés.L'imperfection du temple n'était donc pas à déplorer, mais conférait au contraire unétrange mystère à cette terre sévère posée sur la mer Égée.Eleni n'eut pas un regard pour le spectacle qui se jouait dans son dos. Elle leconnaissait trop bien. Toute sa vie avait été rythmée par ce théâtre gratuit ; sesspectateurs changeants, flux incessant de nomades, venant de loin, repartant au loin.Ce matin, la colline était particulièrement silencieuse. Le vent, qui s'était levé durantla nuit, soufflait fort et couvrait les petits sons matinaux provenant de la ville. Elenin'entendait que le crissement des cailloux sous ses pas et le halètement d'un chienerrant reniflant ici et là, dans l'espoir de dénicher son petit-déjeuner. Le butin étaitmaigre et il arbora un air boudeur, qui fit sourire Eleni. Elle se promit de lui apporter un bout de pain qu'elle prendrait dans les restes des repas de l'hôtel."
Posté le 01/08/2009 | 12 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Dans la guerre - Alice Ferney
J'ai découvert cet auteur par ce livre. Depuis j'ai lu d'autres ouvrages (La conversation amoureuse, L'élégance des veuves ) de cet écrivain, qui sait admirablement rendre les sentiments humains et la trajectoire de nos vies...
Là, il s'agit de la 1ère guerre mondiale qui a fait tant de morts. Un homme part au front, sa femme reste seule à la ferme. Une histoire banale en somme. la guerre y est évoquée avec pudeur mais c'est cette retenue qui en montre toute l'horreur, tout y est suggéré finement, on devine la peur, l'angoisse et aussi la force mentale peu commune de ces gens, soldats ou femmes restées au foyer.
Un extrait :
"Jules avait refermé la porte
derrière lui. Il était resté quelques secondes l'oreille collée au
bois, écoutant le silence qui s'était fait dans sa chambre. Il
n'entendait rien. Alors seulement il était parti, et la bête soumise,
blessée par chaque pas du maître qui s'éloignant, s'était mise à
souffrir. Qui a le pouvoir de retenir un soldat? Pas même la souffrance
d'un coeur. Et pas un enfant. Et pas l'amour d'une femme. Que dire de
celui dont la détresse sans mots est un silence?
Alors les femmes restèrent seules. "
Posté le 14/07/2009 | 9 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Un secret - Philippe Grimbert
Éternelle histoire des secrets de famille, toujours tus mais confusément ressentis par des générations...
Cela nous concerne tous, soit dans notre famille, soit parmi nos proches....
Il vous arrive de faire des choses inexplicables? Cherchez l'ancêtre!
Ce livre est écrit finement, même si on y côtoie l'horreur et la guerre, le désespoir et la reconstruction.....
Le 1er chapitre :
Fils unique, j'ai
longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais
cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J'avais
un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.
J'étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand
s'ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des
cheveux en bataille, un sourire en coin qu'on me présentait en deux
mots : "?Mon frère.?" Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait
tout partager, y compris l'amour. Un vrai frère. Un semblable dans le
visage duquel on se découvrait pour trait commun une mèche rebelle ou
une dent de loup, un compagnon de chambrée dont on savait le plus
intime, les humeurs, les goûts, les faiblesses, les odeurs. Une
étrangeté pour moi qui régnais seul sur l'empire des quatre pièces de
l'appartement familial.
Unique objet d'amour, tendre souci de mes parents, je dormais
pourtant mal, agité par de mauvais rêves. Je pleurais sitôt ma lampe
éteinte, j'ignorais à qui s'adressaient ces larmes qui traversaient mon
oreiller et se perdaient dans la nuit. Honteux sans en connaître la
cause, souvent coupable sans raison, je retardais le moment de sombrer
dans le sommeil. Ma vie d'enfant me fournissait chaque jour des
tristesses et des craintes que j'entretenais dans ma solitude. Ces
larmes, il me fallait quelqu'un avec qui les partager...
Un jour enfin je n'ai plus été seul. J'avais tenu à accompagner ma
mère dans la chambre de service, où elle voulait faire un peu de
rangement. Je découvrais sous les toits cette pièce inconnue, son odeur
de renfermé, ses meubles bancals, ses empilements de valises aux
serrures rouillées. Elle avait soulevé le couvercle d'une malle dans
laquelle elle pensait retrouver les magazines de mode qui publiaient
autrefois ses dessins. Elle avait eu un sursaut en y découvrant le
petit chien aux yeux de bakélite qui dormait là, couché sur une pile de
couvertures. La peluche râpée, le museau poussiéreux, il était vêtu
d'un manteau de tricot. Je m'en étais aussitôt emparé et l'avais serré
sur ma poitrine, mais j'avais dû renoncer à l'emporter dans ma chambre,
sensible au malaise de ma mère qui m'incitait à le remettre à sa place.
La nuit qui a suivi je pressais pour la première fois ma joue
mouillée contre la poitrine d'un frère. Il venait de faire son entrée
dans ma vie, je n'allais plus le quitter.
De ce jour j'ai marché dans son ombre, flotté dans son
empreinte comme dans un costume trop large. Il m'accompagnait au
square, à l'école, je parlais de lui à tous ceux que je rencontrais. A
la maison j'avais même inventé un jeu qui me permettait de lui faire
partager notre existence : je demandais qu'on l'attende avant de passer
à table, qu'on le serve avant moi, que l'on prépare ses affaires avant
les miennes au moment du départ en vacances. Je m'étais créé un frère
derrière lequel j'allais m'effacer, un frère qui allait peser sur moi,
de tout son poids.
Posté le 14/06/2009 | 11 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
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