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Catégorie livres: mes lectures préférées... et plutôt que de les commenter, ce que font, bien ou mal, des gens payés pour ça, je vous en livre chaque fois une phrase... Qui mieux que l'auteur lui-même peut défendre son oeuvre?

Quitter le monde - Douglas Kennedy

Un livre surprise : auteur connu, littérature américaine, on se dit qu'on va naviguer dans des écrits un peu attendus, mais on est surpris par la qualité de l'écriture de ce roman en forme d'odyssée.Douglas Kennedy décrit les méandres de la culpabilité. Il montre comment ce sentiment est tout d'abord induit avec insistance chez une jeune personne (ici, celle d'une adolescente révoltée par les incessantes scènes de ménage de ses parents et que sa mère rendra responsable du départ brutal de son père), puis entretenu, lorsque viennent les premiers succès financiers  avant de devenir destructeur, quand le destin s'acharne et que la mort s'immisce dans un destin chaotique.Il décrit à merveille la société américaine, ses travers, ses conventions, sa religiosité....
A lire donc, à dévorer!!!!!
Résumé :
Le jour de ses 13 ans, lors d'une énième dispute entre ses parents, Jane annonce qu'elle ne se mariera jamais et n'aura jamais d'enfants. Son père quitte aussitôt la maison, demande le divorce, et sa mère la rend totalement responsable de ce désastre conjugal. Devenue professeur à Harvard, Jane s'éprend d'un brillant universitaire marié, en butte aux rivalités mesquines de ses pairs, qui disparaît brutalement. Sans doute par sa faute . Après une brève incursion dans le monde des traders, vite interrompue à cause de son père devenu escroc, la jeune femme croit trouver le bonheur auprès d'un homme excentrique, fou de cinéma, qui lui donne une petite Emily. Elle s'épanouit pleinement dans la maternité. Hélas ! Elle doit affronter le plus cruel des drames, qu'elle aurait, croit-elle,  pu empêcher. Désespérée, Jane n'a plus qu'une obsession : quitter le monde …

Extrait :
Par où commencer? C'est la grande question qui pèse sur toute entreprise de narration, celle sur laquelle nous réfléchissions sans relâche en faculté de lettres. Quel est le point de départ d'une histoire? A moins de rédiger une saga qui se déroule du berceau à la tombe - «Voici ma vie en commençant par le commencement...» -, une histoire débute généralement alors que le héros ou l'héroïne est déjà bien avancé dans l'existence, de sorte que dès le point de départ vous accompagnez cet individu à travers son récit tout en découvrant peu à peu
les événements et les circonstances qui l'ont modelé dans le passé.

Comme David Henry, mon directeur de thèse, aimait à le souligner aux étudiants de son cours de théorie littéraire, «tout roman a fondamentalement une crise pour propos, et la manière dont un ou plusieurs individus s'y confrontent. Plus encore, quand nous faisons la connaissance d'un personnage de fiction, nous le voyons évoluer dans le présent mais il a un passé derrière lui, comme nous tous. Que ce soit dans la vie réelle ou dans un livre, on ne comprend vraiment quelqu'un que si on connaît son histoire.»

David Henry. Voilà peut-être un bon commencement. En effet, après le départ de mon père le lendemain de mon treizième anniversaire, l'enchaînement de circonstances qui a amené David Henry dans mon récit en devenir l'a orienté sur une voie que je n'aurais jamais crue possible. Mais nous ne pouvons pas prévoir la direction que va prendre une particule, n'est-ce pas?



Posté le 06/09/2009 | 9 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

La joueuse d'échecs - Bertina Heinrichs

Depuis des années qu'elle travaille à l'hôtel Dyonisos comme femme de ménage, on ne peut pas dire qu'Eleni s'ennuie.  Mais sa vie est nourrie de quotidien et de routine. Elle jouit de l'estime de tous, mais dans une petite île où tout le monde se connaît, il est difficile d'échapper au regard du voisin.
Aussi, lorsqu'elle se prend de passion pour les échecs( elle déplace une pièce par mégarde dans la chambre de clients, où la remettre?), au point de se disputer gravement avec son mari, l'île est frappée de stupeur et les ragots vont bon train. elle apprend presque tout d'un vieux professeur. Alors, petit à petit, la découverte des échecs se fait découverte d'autres horizons, d'une autre vie, la vraie vie, mais aussi découverte de la liberté et découverte de soi.

Dans ce livre très réussi, Bertina Henrichs raconte avec tact et finesse l'initiation d'une femme, son émancipation, son éveil au monde. Elle décrit également avec drôlerie et émotion une amitié pudique qui va unir contre toute attente deux personnages si différents et pourtant si complémentaires.

"C'était le début de l'été. Comme tous les jours, Eleni gravit la petite colline qui
séparait l'hôtel Dionysos du centre de la ville à l'heure où le soleil apparaissait à
l'horizon.
La colline, terrain vague sablonneux et crevassé, offrait une vue exceptionnelle sur la
Méditerranée et la porte du temple d'Apollon. Ce vestige de l'Antiquité, trop grandiose
dans sa conception peut-être, était resté inachevé. Ainsi sa gigantesque porte, au
sommet d'une presqu'île minuscule rattachée à Naxos, s'ouvrait simplement sur la mer et le ciel. Le soir, à défaut d'offrir un gîte à Apollon, elle accueillait, dieu pour dieu, le soleil couchant, adulé par les voyageurs éblouis. Apollon, plus discret dans ses manifestations terrestres, n'aurait sans doute appelé que quelques rares initiés.
L'imperfection du temple n'était donc pas à déplorer, mais conférait au contraire un
étrange mystère à cette terre sévère posée sur la mer Égée.
Eleni n'eut pas un regard pour le spectacle qui se jouait dans son dos. Elle le
connaissait trop bien. Toute sa vie avait été rythmée par ce théâtre gratuit ; ses
spectateurs changeants, flux incessant de nomades, venant de loin, repartant au loin.
Ce matin, la colline était particulièrement silencieuse. Le vent, qui s'était levé durant
la nuit, soufflait fort et couvrait les petits sons matinaux provenant de la ville. Eleni
n'entendait que le crissement des cailloux sous ses pas et le halètement d'un chien
errant reniflant ici et là, dans l'espoir de dénicher son petit-déjeuner. Le butin était
maigre et il arbora un air boudeur, qui fit sourire Eleni. Elle se promit de lui apporter un bout de pain qu'elle prendrait dans les restes des repas de l'hôtel."

Posté le 01/08/2009 | 9 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Dans la guerre - Alice Ferney

J'ai découvert cet auteur par ce livre. Depuis j'ai lu d'autres ouvrages (La conversation amoureuse, L'élégance des veuves ) de cet écrivain, qui sait admirablement rendre les sentiments humains et la trajectoire de nos vies...
Là, il s'agit de la 1ère guerre mondiale qui a fait tant de morts. Un homme part au front, sa femme reste seule à la ferme. Une histoire banale en somme. la guerre y est évoquée avec pudeur mais c'est cette retenue qui en montre toute l'horreur, tout y est suggéré finement, on devine la peur, l'angoisse et aussi la force mentale peu commune de ces gens, soldats ou femmes restées au foyer.

Un extrait :

"Jules avait refermé la porte derrière lui. Il était resté quelques secondes l'oreille collée au bois, écoutant le silence qui s'était fait dans sa chambre. Il n'entendait rien. Alors seulement il était parti, et la bête soumise, blessée par chaque pas du maître qui s'éloignant, s'était mise à souffrir. Qui a le pouvoir de retenir un soldat? Pas même la souffrance d'un coeur. Et pas un enfant. Et pas l'amour d'une femme. Que dire de celui dont la détresse sans mots est un silence?

Alors les femmes restèrent seules.
"


Posté le 14/07/2009 | 7 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Un secret - Philippe Grimbert

Éternelle histoire des secrets de famille, toujours tus mais confusément ressentis par des générations...
Cela nous concerne tous, soit dans notre famille, soit parmi nos proches....
Il vous arrive de faire des choses inexplicables? Cherchez l'ancêtre!
Ce livre est écrit finement, même si on y côtoie l'horreur et la guerre, le désespoir et la reconstruction.....

Le 1er chapitre :

Fils unique, j'ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J'avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.


J'étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s'ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des cheveux en bataille, un sourire en coin qu'on me présentait en deux mots : "?Mon frère.?" Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait tout partager, y compris l'amour. Un vrai frère. Un semblable dans le visage duquel on se découvrait pour trait commun une mèche rebelle ou une dent de loup, un compagnon de chambrée dont on savait le plus intime, les humeurs, les goûts, les faiblesses, les odeurs. Une étrangeté pour moi qui régnais seul sur l'empire des quatre pièces de l'appartement familial.

Unique objet d'amour, tendre souci de mes parents, je dormais pourtant mal, agité par de mauvais rêves. Je pleurais sitôt ma lampe éteinte, j'ignorais à qui s'adressaient ces larmes qui traversaient mon oreiller et se perdaient dans la nuit. Honteux sans en connaître la cause, souvent coupable sans raison, je retardais le moment de sombrer dans le sommeil. Ma vie d'enfant me fournissait chaque jour des tristesses et des craintes que j'entretenais dans ma solitude. Ces larmes, il me fallait quelqu'un avec qui les partager...

Un jour enfin je n'ai plus été seul. J'avais tenu à accompagner ma mère dans la chambre de service, où elle voulait faire un peu de rangement. Je découvrais sous les toits cette pièce inconnue, son odeur de renfermé, ses meubles bancals, ses empilements de valises aux serrures rouillées. Elle avait soulevé le couvercle d'une malle dans laquelle elle pensait retrouver les magazines de mode qui publiaient autrefois ses dessins. Elle avait eu un sursaut en y découvrant le petit chien aux yeux de bakélite qui dormait là, couché sur une pile de couvertures. La peluche râpée, le museau poussiéreux, il était vêtu d'un manteau de tricot. Je m'en étais aussitôt emparé et l'avais serré sur ma poitrine, mais j'avais dû renoncer à l'emporter dans ma chambre, sensible au malaise de ma mère qui m'incitait à le remettre à sa place.
La nuit qui a suivi je pressais pour la première fois ma joue mouillée contre la poitrine d'un frère. Il venait de faire son entrée dans ma vie, je n'allais plus le quitter.

De ce jour j'ai marché dans son ombre, flotté dans son empreinte comme dans un costume trop large. Il m'accompagnait au square, à l'école, je parlais de lui à tous ceux que je rencontrais. A la maison j'avais même inventé un jeu qui me permettait de lui faire partager notre existence : je demandais qu'on l'attende avant de passer à table, qu'on le serve avant moi, que l'on prépare ses affaires avant les miennes au moment du départ en vacances. Je m'étais créé un frère derrière lequel j'allais m'effacer, un frère qui allait peser sur moi, de tout son poids.





Posté le 14/06/2009 | 8 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

hommage aux traducteurs

Dans tous les articles que j'ai proposés, je m'extasie sur le talent de l'auteur, mais, pour les livres étrangers, je n'ai jamais rendu hommage au traducteur. Quelle injustice!
Traduire Zweig, Zafon ou Perez-Reverde tient du grand art...

Je répare cette omission avec des extraits de cet excellent article paru sur "article XI ":

Pour les passionnés de littérature américaine, Brice Matthieussent n'est pas un inconnu. Forcément. A force de lire son nom (« Traduit de l'américain par Brice Matthieussent ») écrit en petit sur la page de garde de nos livres de chevet, d'un l'œil négligent, on a fini par l'enregistrer dans notre mémoire. Vaguement. Sans trop y prêter attention. Ne niez pas, on fonctionne tous comme ça : on se rue sur l'auteur, on en oublie le reste.
Car les traducteurs, hommes et femmes de l'ombre par excellence, sont rarement reconnus pour leur travail. Ils œuvrent en silence, loin des feux de la rampe, vivant de et pour leurs passions. Mais qui gardent peut-être au fond d'eux une déception de voir le traducteur si peu souvent mis en avant.

Ci-dessous des passages d'un entretien avec ce traducteur


Bien sûr, il y a toujours une forme de souffrance intense dans ce travail, mais elle se mêle à une sorte de jeu de piste, de parcours dans un labyrinthe. Il y a des moments où l'on transpire, d'autres où l'on est ravi d'avoir trouvé quelque chose qui nous semble parfait. Je ne sais plus qui disait : « Un traducteur est exactement la même chose qu'un écrivain, mais débarrassé des problèmes de sens », mais je trouve ça assez juste. Le traducteur n'a pas à inventer un contenu, mais c'est un écrivain quand même.

Depuis une vingtaine d'années, notre travail est un peu plus reconnu. Il y a vingt ans, on parlait du traducteur uniquement pour dire du mal de lui. La politique des critiques était simple : si le livre était formidable, c'est parce que l'auteur avait écrit un livre extraordinaire ; s'il y avait des défauts dans l'écriture, c'était la faute du traducteur.
Aujourd'hui, il y a souvent des critiques qui mettent en avant la traduction, même si ça se cantonne souvent à un « admirablement traduit ». Il y a obligatoirement un côté langue de bois : pour faire une appréciation réelle, il faudrait comparer au texte original, ce qui demanderait énormément de temps. Mais, malgré tout, ils argumentent un peu. Quand ils disent « mal traduit », ils donnent des exemples, bon ou mauvais, mais se sentent dans l'obligation de ne pas prendre à la légère le travail du traducteur. C'est quand même un gros changement. En même temps, c'est vrai que c'est du pain bénit pour les journalistes : le traducteur était la dernière Terra Incognita de l'édition.
Mais la manière de traduire a aussi changé. Il y a quelques temps, les traductions pouvaient friser l'adaptation, la réécriture, voire le caviardage de parties compliquées. Ça passait inaperçu, alors que maintenant il y a des exigences de rigueur. Je pense d'ailleurs que l'université y a contribué via la création de masters de traduction.

La traduction est-elle un art à part entière ?

La traduction a à voir avec l'art, c'est clair. Elle modifie des textes qui font partie du domaine de l'art et elle les infléchit vers une destination qui ne leur était pas forcément inhérente au départ. Quand on écrit, on ne le fait pas pour être traduit. Les traducteurs viennent se greffer de manière assez incestueuse à quelque chose qui existe déjà. Non pas comme un parasite, mais comme une recréation.

A l'arrivée, qu'est-ce qui fait un bon traducteur ?

Le plus important, c'est la passion pour la langue. Alliée à une oreille présente du matin au soir pour écouter cette langue, que ce soit à la radio, à la télévision, au cinéma, dans la rue ou dans le métro. Et il faut évidemment aussi une passion pour l'écrit. Christian Bourgois disait souvent : « Ce qui fait un bon traducteur, c'est surtout une connaissance parfaite de la langue d'arrivée », c'est-à-dire du français.

Oui, d'ailleurs certains traducteurs maîtrisaient très mal la langue qu'ils traduisaient. Baudelaire avec Poe, par exemple, ou plus récemment Maspero…

Il y aussi le cas de Maurice Edgar Coindreau, qui était le traducteur de Faulkner, Dos Passos, Hemingway etc. mais qui était agrégé d'espagnol… Mais il vivait aux États-Unis.
De toute manière, les parcours sont toujours atypiques. Baudelaire est un cas particulier, puisqu'il a fait du Baudelaire en traduisant Edgar Poe. Il s'agit de textes magnifiques, bien sûr, mais ils dénaturent un peu le texte original.

Pour le traducteur, est ce qu'il n'existe pas un moment où grandit la tentation de se substituer à l'auteur ?

Le traducteur n'a a priori pas de voix. S'il a une voix personnelle, il va tout traduire dans sa propre voix, quel que soit le texte. Ça donne des catastrophes, car il va imposer un style préfabriqué à tout ce qu'il traduit.
Le traducteur doit donc être un caméléon, savoir s'adapter, saisir et entendre la voix de l'auteur. Ça ne veut pas dire qu'il n'a pas de personnalité, qu'il n'est pas capable de créer, mais il doit être capable de rendre des voix différentes. Ça implique une certaine humilité.

Est-ce qu'il y a des textes intraduisibles ?

J'hésite… A mon avis, tout est intraduisible, pour des raisons culturelles. Quand on traduit des phrases très simples en anglais, ça ne résonne pas de la même manière pour un Anglais que pour un Français. Chaque mot, tournure syntaxique ou phrase contient de l'intraduisible. Même un mot très simple, quotidien, n'a pas le même sens selon la culture. Par exemple, « Bread » n'a pas du tout le même sens que « pain », ça n'est pas connoté pareil, ça ne sonne pas dans l'inconscient de manière similaire.
Et en même temps, tout est traduisible. Malgré tout, malgré la déperdition, malgré les gauchissements du sens, il me semble qu'il faut traduire. Seulement, le lecteur doit savoir que le résultat, ce qu'il a entre les mains, n'est pas du tout la même chose que l'original. J'avais un ami qui disait qu'on perdait 80% du texte dans une traduction. Sans pour autant qu'il y ait des contre-sens ou des oublis…

Vous dites qu'il faut que les gens connaissent l'importance de ce processus. Mais pour en avoir conscience, ne faut-il pas être soi-même traducteur ?

Si, un peu. Souvent, les gens ne se rendent pas compte qu'un livre qu'ils lisent n'a pas été écrit directement, mais qu'il y a quelqu'un qui est passé avant. D'ailleurs, je suis énervé quand des journaux font un papier dithyrambique sur un roman sans même citer le nom du traducteur. Comme si ça avait été écrit directement dans cette langue-là…
Je pense aussi que les éditeurs - inconsciemment le plus souvent - ont le désir et le besoin de supprimer le traducteur. Parce qu'ils veulent vendre un texte à des lecteurs et qu'ils veulent que le lecteur ait l'illusion que ce texte a été écrit directement par l'auteur. La notion d'intermédiaire dévalue la valeur à leurs yeux. On vit dans une culture qui continue – peut-être pas pour longtemps – à mythifier le livre. Et l'une des raisons de cette fétichisation de l'objet livre est ce sentiment d'être en contact direct avec un auteur. Dans ces conditions, le traducteur s'interpose comme un écran, un masque, un obstacle indésirable.



Posté le 12/06/2009 | 10 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

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